L’obligation alimentaire envers un ascendant repose sur un mécanisme simple : les descendants contribuent en proportion de leurs moyens. La difficulté surgit au moment de définir ce que recouvrent ces « moyens ». Salaires, pensions de retraite, revenus fonciers, épargne : l’assiette retenue pour calculer la participation de chaque obligé alimentaire dépasse largement le seul bulletin de paie.
Revenus pris en compte pour l’obligation alimentaire : l’assiette réelle
Le juge aux affaires familiales ou le conseil départemental (dans le cadre de l’aide sociale à l’hébergement) examine l’ensemble des ressources régulières de chaque obligé. Contrairement à une idée répandue, la pension de retraite est intégrée au même titre qu’un salaire. Retraite de base, complémentaire, réversion : tout entre dans le calcul.
L’assiette ne se limite pas aux revenus d’activité ou de remplacement. Elle inclut aussi les revenus du patrimoine : loyers perçus, dividendes, intérêts de placements financiers. Des guides pratiques récents confirment que les allocations chômage et les pensions d’invalidité sont désormais systématiquement retenues comme revenus de remplacement, sauf situation de grande précarité.
Voici les principales catégories de ressources prises en compte :
- Les revenus d’activité (salaires, bénéfices professionnels) et de remplacement (pension de retraite, allocation chômage, pension d’invalidité)
- Les revenus du patrimoine : loyers, intérêts de livrets et placements, dividendes d’actions ou de parts sociales
- L’épargne disponible et les biens immobiliers non occupés, au titre de la « fortune » mentionnée à l’article 208 du Code civil
- Les avantages en nature éventuels (logement de fonction, véhicule mis à disposition)
Le RSA, en revanche, est généralement exclu de l’assiette : il constitue un minimum social incompatible avec une capacité contributive.

Article 208 du Code civil : le patrimoine au-delà des revenus courants
Les contenus les plus consultés se concentrent sur les salaires et les pensions. L’article 208 du Code civil va plus loin : il prévoit que l’obligation alimentaire est fixée en proportion des besoins du demandeur et de la « fortune » de celui qui la doit. Ce terme vise le patrimoine global, pas uniquement les flux de revenus.
En pratique, le juge peut examiner l’épargne disponible sur des livrets ou comptes bancaires, la détention de biens immobiliers non occupés (résidence secondaire, terrain constructible), ou encore des placements facilement mobilisables comme une assurance-vie. Un obligé alimentaire disposant de revenus modestes mais d’un patrimoine immobilier conséquent peut donc se voir fixer une contribution supérieure à ce que ses seuls revenus suggèrent.
Cette lecture élargie n’est pas automatique. Le juge apprécie chaque situation au cas par cas. Un bien immobilier occupé à titre de résidence principale n’est généralement pas pris en compte de la même manière qu’un appartement mis en location.
Charges déductibles et calcul de la capacité contributive
L’évaluation de la capacité contributive ne repose pas sur les revenus bruts. Le juge ou le conseil départemental déduit les charges incompressibles du foyer de l’obligé alimentaire avant de fixer un montant. C’est un point déterminant, souvent sous-estimé.
Les charges retenues varient selon les départements et les juridictions, mais un socle commun se dégage :
- Le loyer ou les mensualités de crédit immobilier de la résidence principale
- Les impôts sur le revenu et la taxe foncière
- Les pensions alimentaires déjà versées à un enfant ou un ex-conjoint
- Les frais liés à une situation de handicap ou de maladie chronique de l’obligé ou d’un membre de son foyer
Le montant de l’obligation alimentaire correspond à la différence entre les ressources et les charges, pondérée par le nombre de personnes à charge dans le foyer. Chaque enfant du foyer réduit mécaniquement la part disponible.
Revenus du conjoint de l’obligé alimentaire
Les revenus du conjoint, du partenaire de PACS ou du concubin de l’obligé alimentaire sont souvent pris en compte. Le raisonnement est logique : ils participent aux charges du foyer et influencent donc la capacité contributive réelle de l’obligé. Un descendant avec un salaire modeste mais un conjoint aux revenus élevés verra sa contribution réévaluée à la hausse.
Pension de retraite de l’ascendant : ce qui est examiné côté demandeur
L’obligation alimentaire fonctionne dans les deux sens de l’évaluation. Le montant de la pension de retraite du parent âgé qui demande une aide est aussi examiné, cette fois pour mesurer ses besoins réels. Plus la retraite de l’ascendant est faible, plus le besoin justifiant l’obligation alimentaire est élevé.
Le conseil départemental, lorsqu’il instruit une demande d’aide sociale à l’hébergement en EHPAD, compare les ressources propres de la personne âgée (pension de retraite, allocation personnalisée d’autonomie, aides au logement) au coût de l’hébergement. Le différentiel non couvert est réparti entre les obligés alimentaires selon leur capacité contributive respective.
Un parent percevant une retraite suffisante pour couvrir ses besoins fondamentaux ne peut pas, en principe, obtenir une obligation alimentaire de ses descendants. Le besoin doit être réel et démontré.
Fixation et révision du montant : accord amiable ou juge aux affaires familiales
La contribution de chaque obligé alimentaire est d’abord recherchée par accord amiable entre les membres de la famille. En cas de désaccord, le juge aux affaires familiales tranche. Il n’existe pas de barème national imposé par la loi : chaque juridiction et chaque département applique ses propres grilles indicatives.
Le montant fixé n’est pas définitif. Toute modification substantielle de la situation financière d’un obligé (perte d’emploi, départ en retraite, divorce, naissance d’un enfant) permet de demander une révision. Un descendant qui passe d’un salaire à une pension de retraite nettement inférieure a donc le droit de solliciter une réévaluation à la baisse de sa contribution.
La déduction fiscale constitue un levier souvent méconnu : les sommes versées au titre de l’obligation alimentaire sont déductibles du revenu imposable de l’obligé, sans plafond fixe lorsqu’elles sont versées à un ascendant, à condition de pouvoir justifier le versement et le besoin du bénéficiaire.
L’obligation alimentaire reste un dispositif ajusté à chaque configuration familiale. La pension de retraite, qu’elle soit celle de l’obligé ou de l’ascendant, constitue un paramètre central du calcul, mais elle ne suffit jamais à elle seule à déterminer le montant dû. C’est la combinaison des ressources, du patrimoine et des charges réelles de chaque partie qui fonde la décision du juge ou l’accord entre proches.
